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Pourquoi devenir propriétaire devient de plus en plus compliqué ?

Catherine Brezeky
Catherine BrezekyMis à jour le 17 octobre 2025
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"Quand je serai grand, j’aurai une maison” si pour nos parents, devenir propriétaire était presque une certitude, aujourd’hui, pour beaucoup de jeunes, la réalité est bien différente. 60 % des jeunes adultes pensent que leur situation sociale est moins favorable que celle de leurs parents, un chiffre multiplié par quatre depuis 2002 (Odoxa pour Nexity et BFM Business). Mais pourquoi l’accès à la propriété est si compliqué de nos jours ?

Des jeunes qui se sentent exclus du jeu

En France, la propriété est un symbole fort. Pour les classes moyennes, posséder son logement reste l’illustration ultime de réussite sociale et de sécurité. Selon les données de l’Institut Montaigne, en 2025, 8 Français sur 10 continuent de rêver de devenir propriétaires, et 70% d’entre eux considèrent l’achat d’un logement comme une étape essentielle de la vie.

Pourtant, entre l’ambition et la réalité, l’écart se creuse : seulement 57 % des ménages français sont propriétaires, contre 69 % en moyenne dans l’Union européenne (Eurostat, 2023). Et pour les plus jeunes générations, le chemin semble encore plus escarpé. Selon le Baromètre du logement Odoxa pour Nexity et BFM Business), 60 % d’entre eux pensent que leur situation sociale est moins favorable que celle de leurs parents, un chiffre multiplié par quatre depuis 2002. Cette difficulté d’accès à la propriété n’est pas seulement une question de revenus ou de situation sociale, elle reflète aussi un marché de plus en plus tendu.

Des logements rares et souvent hors de prix

Qu’est-ce qui explique ce décalage entre les générations ? La faute à l’inflation. es prix ont littéralement flambé ces dernières années. Entre 2001 et 2020, ils ont été multipliés par 2,3 en France métropolitaine (source Insee), tandis que les salaires, eux, sont restés à la traîne.

À l’heure actuelle, pour acheter le même bien qu’en 2000, il faut s’endetter sur 25 ans, contre seulement 15 ans à l’époque. En pratique, selon les données de l’Institut Montaigne (2025), au niveau national, il faut mobiliser en moyenne 15 ans de revenus pour acheter 100 m², soit cinq ans de plus qu’il y a vingt ans.

Et le problème ne se limite pas aux prix. L’offre de biens reste très réduite, surtout dans les zones tendues et pour les logements les plus recherchés. Même en étant prêt à s’endetter, le choix reste limité et les biens disponibles partent souvent au-dessus du prix moyen… “Dans mon secteur, très recherché, une maison vaut aujourd’hui environ 60 000 € de plus qu’il y a quinze ans. Acheter dans ce quartier est aujourd’hui beaucoup plus compliqué et plus coûteux” explique Thomas, acheteur en métropole lilloise.

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L'accès à la propriété en 2025

Crédit immobilier : l’apport familial, un levier incontournable ?

Si le marché est de plus en plus complexe, les conditions d’accès au crédit aussi ajoutent une difficulté supplémentaire. Aujourd’hui, on s’endette plus longtemps : 25 à 29 ans pour un premier achat, selon l’Institut Montaigne, et en parallèle, le montant de l’apport ne cesse d’augmenter.

Pierre Chapon, cofondateur de Pretto, explique :

“*Quand on dit 15-20 % d’apport demandé par les banques, ce n’est pas exactement comme cela. Si vous achetez plus petit, la banque peut se contenter de 10 %. Mais en pratique, les **montants d’apport sont aujourd’hui relativement élevés”.

Pour les jeunes, les moyens restent souvent trop justes pour constituer un apport conséquent, tout en devant convaincre des banques qui attendent des revenus toujours plus élevés, conséquence directe de la flambée des prix de l’immobilier. Dans ce contexte, les dons familiaux et héritages sont devenus déterminants : “près de 40 % des primo-accédants (ceux qui achètent pour la première fois) sont aidés par une donation ou un héritage. C’est un fait très important, et je pense que c’est un phénomène qui va s’amplifier*”.

Dans les grandes villes comme Paris, l’accès à la propriété sans soutien familial relève presque de la mission impossible. “Je ne connais pas de personne de mon âge n’ayant pas été aidée pour devenir propriétaire à Paris”, expliquait Lucie, jeune propriétaire dans la capitale, au micro du Monde en avril 2025. De quoi se demander comment les jeunes générations pourront un jour franchir le pas de la propriété sans l'appui de leurs parents…

Pourtant, un autre horizon se profile : dans les décennies à venir, beaucoup de Français pourraient hériter d’une partie du patrimoine de leurs parents. En France, selon une étude de la Fondation Jean-Jaurès, d’ici 2040, environ 9 000 milliards d’euros de patrimoine devraient être transmis entre générations, dont une part importante en biens immobiliers. Cette transmission massive provient surtout des baby-boomers, qui ont pu acquérir leurs logements à des prix plus abordables et voir leur valeur s’envoler au fil des années.

Alors que les inégalités d’accès à la propriété s’accentuent, la vraie problématique n’est peut-être pas de savoir si l’achat d’un logement est possible ou non, mais plutôt de réfléchir à la manière d’envisager un projet immobilier réaliste malgré ces obstacles. Parce qu’au final, même dans un marché tendu, le rêve de devenir propriétaire reste à portée de main… pour ceux qui savent anticiper et se faire accompagner.


Mis à jour le 17 octobre 2025

Catherine Brezeky
Catherine BrezekyLead Content chez Pretto
Diplômée en histoire et d'un master professionnel de journalisme à l'École Supérieur de Journalisme Paris (ESJ), Catherine se spécialise très tôt dans les médias web et le SEO. Elle débute sa carrière au sein de rédactions digitales, notamment chez CCM Benchmark, où elle traite de sujets de société, consommation, bien-être, santé et tendances. Au sein du groupe Webedia, elle pilote une rédaction avec d'importants enjeux d'audience, développe des formats éditoriaux et vidéo pour les réseaux sociaux, et mène des projets brand content en partenariat avec des marques du secteur du luxe. En 2023, elle rejoint Pretto avec un nouveau défi : comprendre et vulgariser les rouages du crédit immobilier, en conciliant exigence journalistique, stratégie de marque et performance digitale.