Travailler moins pour vivre mieux ? Quel est notre rapport au travail aujourd'hui ?

Pretto, ce sont des articles sur l'immobilier et la propriété, mais pas que. Aujourd'hui, on s'intéresse au rapport qu'on entretient avec notre travail. Et à la façon dont cela influence notre intérieur...
Burn out, démissions, désengagement… Et si la solution face à ces défis émergents était de travailler moins ? Nouvelles aspirations, sens au travail, temps personnel, équilibre pro/perso, on a décrypté pour vous la valeur travail et ce qui nous fait nous lever chaque matin.
Le travail, c’est la santé
Brandie à tout bout de champ, cette phrase sous-entendrait que le travail serait une condition sine qua non à notre épanouissement personnel. Comme manger 5 fruits et légumes par jour et boire de l’eau.
Vraiment ?
34 % des salariés seraient en burn-out selon une étude réalisée début 2022, dont 13 % en burn-out sévère - soit 2,5 millions de personnes.
Tripalium signifie littéralement « instrument de torture ». On parle d’ailleurs de « salle de travail » pour désigner l'endroit où les femmes accouchent. Un mot qui fait aussi écho au célèbre passage de la bible « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front ». Là, on est dans le registre du châtiment. Ambiance.
Du coup, on s’interroge. Torture, châtiment… tout cela semble quand même très éloignés de la santé, ce que confirment les chiffres liés au burn-out et à la santé mentale des salariés. Le travail nous rendrait-il malade ?
Une quête de sens
Remise en question
Le malaise a atteint son climax pendant la pandémie de Covid-19 en 2020. Isolés derrière nos écrans, nous nous sommes tous - plus ou moins - questionnés sur le sens de notre métier.
Telle la toupie d'Inception, de nouvelles idées ont alors émergé dans nos têtes :
- "Est-ce que se rendre malade pour un job vaut vraiment le coup ?”
- “Est-ce qu’il existe une autre manière de travailler ?"
Cette période de crise a en effet rabattu les cartes. Les trajectoires professionnelles toutes tracées - comme papa et maman à l’époque qui faisaient carrière dans la même boîte - ne font aujourd’hui plus rêver.
Des idées qui ont inspiré plusieurs mouvements de contestation post Covid, propagés comme une traînée de poudre par les réseaux sociaux :
- Quit quitting : ce terme qui signifie “démission silencieuse” consiste à exécuter son travail de façon minimale, de ralentir la cadence et de ne pas trop en faire.
- Act your wage : en lien avec le “quit quitting” cette expression consiste à n’agir que selon son salaire, c’est-à-dire faire uniquement les tâches pour lesquelles on est rémunéré.
- Lazy job : popularisée par TikTok, cette trend consiste à assurer un travail tranquille, sans pression. Le contre-pied du burn-out.
Ces phénomènes ont tous en commun une forme de distance avec le travail. Un rapport inédit dans nos modes de vie, traditionnellement centrés sur le travail.
À titre de comparaison, en 1990 la place du travail était considérée comme très importante par 60 % des salariés, contre seulement 22 % en 2022. Une dégringolade qui prouve bien que nos priorités ont évolué. Le plaisir personnel a supplanté (haut la main) les obligations professionnelles.
Donner une direction
Conséquence de ce changement de paradigme ? Nous ne sommes plus prêts à nous engager dans un travail si ça ne vaut pas le coup. On a besoin d���y trouver du sens.
Pour André Comte-Sponville, « Le travail ne fait sens qu’à proportion de l’amour que nous lui accordons ». On comprend mieux la génération des bullshits jobs tombés en désamour.
Car à quoi bon se lever chaque matin et quitter son chez-soi pour s’engouffrer dans un tunnel de métro, monter en voiture ou à vélo, direction le bureau, si on n’y trouve aucun sens ?
C’est quoi le sens ?
- Une sensation (“j’aimerais me sentir bien au travail, que ma journée ne soit pas trop amer”)
- Une signification (le mot “travail” désigne un ensemble d’activités)
- Une direction (“est-ce que mon travail va quelque part ?”)
C’est le dernier point qui prend tout son sens dans notre cas. Le sens, ce n’est jamais “là où on est”, mais “là où l’on va”. Le sens est toujours là-bas (comme dirait Jean-Jacques). Trouver le sens de sa vie ne serait donc qu’une illusion, puisqu’il réside dans le mouvement.
En quête de temps
Identités personnelles
Face à l'étiolement de nos relations professionnelles, de nouvelles identités personnelles ont émergé. Loisirs, relations familiales ou amicales, side project perso… Quand on n’arrive pas à trouver du sens au travail, on va le chercher ailleurs… sur notre temps libre !
Car au-delà du sens (les valeurs morales) et du salaire (l’impact financier), le temps est également un argument majeur de ces nouvelles revendications. On veut pouvoir maîtriser son temps personnel et en tirer profit.
C’est justement ce à quoi aspirent ces jeunes trentenaires qui investissent dans l’immobilier. Issus de la classe moyenne et déjà multi-propriétaires, ils ont fait le pari d’investir dans la pierre pour s’extirper un jour de leur condition salariale. Devenir rentier, le nouveau modèle de carrière ?
Temps pour soi au travail
Ceux qui n’ambitionnent pas de devenir rentier réinvestissent quant à eux leur temps personnel au travail, notamment depuis l’émergence du télétravail. Exit les heures perdues dans les transports en commun, on maximise son temps personnel tout en assurant ses engagements pro depuis la maison.
Le télétravail nous a par ailleurs donné le goût de réinvestir notre chez nous. Ce n’est plus seulement un lieu de passage, où l’on rentre le soir épuisé, pour dîner et dormir. On y traîne le matin en pyjama, alternant réunions en visio et tâches ménagères, on fait un saut à la salle de sport du quartier le midi, on s’éclipse à 16h chercher les enfants à l’école…
Un nouveau modèle de travail qui nous fait gagner du temps, de l’énergie et de la sérénité mentale et qui a permis un nouvel équilibre vie pro/perso. Rappelons-nous quand même qu’il y a encore 5 ans, le télétravail était totalement marginal !
Autre manière de revendiquer son temps personnel ? Respecter les horaires de bureau à la lettre. Fini le zèle en bossant tard le soir ou les week-ends, on ne laisse pas le pro empiéter sur notre vie perso, la même idéologie que le mouvement “act your wage”.
Enfin, certaines entreprises poussent le bouchon encore plus loin, en expérimentant la semaine de 4 jours, comme chez nos voisins européens.
61 entreprises britanniques ont ainsi tenté l’expérience de la semaine de 4 jours. Les employés ont reçu 100 % de leur salaire pour 80 % de leur temps de travail, le tout en assurant 100 % de leurs tâches. Après six mois de test, les résultats sont frappants : moins de stress chez les salariés, pour un chiffre d'affaires identique. Sur les 61 entreprises, 56 vont poursuivre l’expérience et 18 ont affirmé que le changement serait définitif.
En France, plusieurs entreprises ont sauté aussi le pas, comme la mutuelle Alan ou le média Welcome to the jungle. « Je ne dis pas que toutes les entreprises devraient le mettre en place. Je dis juste que c’est possible et que l’on peut aussi avoir une entreprise très performante sur ce modèle », Jérémy Clédat, cofondateur de Welcome to the jungle.
Et si finalement, l’idée n’était pas tant de travailler moins, mais de travailler mieux ? De trouver ce qui fait son sens dans notre travail, que ce soit en termes de rythme personnel, d’épanouissement créatif, de liberté… D’aller trouver ce désir, cette motivation en nous.
Pour Aristote, « le désir est l’unique force motrice ». Et vous, qu’est-ce qui vous fait courir ? Qu’est-ce qui vous fait vous lever le matin ?
Mis à jour le 19 juillet 2024








