Paris mystérieux : les trois maisons les plus anciennes encore debout

Paris cache dans ses ruelles un pan de son histoire et certaines de ses constructions sont plus "bavardes" que d'autres. Derrière leurs colombages irréguliers en bois ou leurs pierres usées, quelques rares façades parisiennes ont traversé les siècles et vu la Capitale se développer. Qu’en est-il de leur histoire et de leur prix aujourd’hui ? Focus sur les 3 maisons les plus anciennes de Paris.
Mondialement connue pour ses monuments majestueux, de la Tour Eiffel à Notre-Dame en passant par l'Arc de Triomphe, Paris a été profondément transformée au XIXe siècle par le baron Haussmann qui a redessiné son visage, lui imposant de larges boulevards et des façades uniformes. Mais la Ville Lumière conserve aussi des trésors plus anciens et uniques, à l’instar de maisons médiévales où l’histoire se lit dans chaque interstice de leurs façades…
L’incontournable maison de Nicolas Flamel
Si l’on devait n’en retenir qu’une, ce serait la maison du 51 rue de Montmorency dans le quartier du Marais. Lorsqu’elle a été classée Monument historique en 1911, cette bâtisse avait déjà bien vécu et pour cause, elle a été inaugurée en 1407 et construite à la demande de Nicolas Flamel, écrivain public puis libraire de l’Université de Paris, après le décès de son épouse Pernelle. La particularité de cette maison est qu’elle a été édifiée par vocation charitable : le propriétaire y accueillait des personnes dans le besoin, comme le spécifie l’inscription gravée au-dessus de son entrée.
Dans le cadre de l’exposition universelle de 1900 à Paris, la maison de Nicolas Flamel a été restaurée, révélant certaines inscriptions gravées sur sa façade. Cette maison tranche avec l'architecture médiévale conventionnelle et arbore une façade en pierre de taille plutôt que la traditionnelle structure en colombages en bois, prédominante dans la construction des logements de la même époque.
Depuis 2007, la maison de Nicolas Flamel appartient au chef étoilé franco-libanais Alan Geaam qui officie dans le restaurant du rez-de-chaussée (L’Auberge de Nicolas Flamel) et occupe le premier étage. Elle n’a donc pas été mise sur le marché immobilier depuis longtemps, mais le mètre carré dans le Marais dépasse souvent les 13 000 à 15 000 €, et les biens d’exception, bien entretenus et classés, peuvent monter au-delà de 20 000 €/m². Leur valeur repose non seulement sur l’emplacement et la rareté, mais aussi sur leur caractère patrimonial : poutres apparentes, façades classées, escaliers d’époque… autant d’atouts qui séduisent les amateurs de vieilles pierres.
Les maisons à colombage de la rue François Miron
Ces deux grands bâtiments du quartier du Marais auraient été édifiés au début du XVIe siècle, a priori durant les règnes de Louis XII et François 1er, soit avant qu’une ordonnance royale de 1508 interdise les constructions en saillie en raison de trop grands risques d’effondrement.
Un siècle plus tard, l’article 4 de l'édit de décembre 1607 a proscrit l'usage du pan de bois pour monter des murs, une première dans l’histoire de la construction à Paris. Les maisons de la rue Miron ont donc été recouvertes de plâtre et de chaux pour limiter la propagation des feux suite à l'incendie dévastateur de Londres en 1666 (qui a duré quatre jours !), et sont restées cachées durant trois siècles sous leur couverture d’enduit.
Au numéro 11 de la rue François Miron se situe la maison "À l'enseigne du Faucheur" et au numéro 13 la maison "À l'enseigne du Mouton". Ces désignations servaient à identifier les établissements à une époque où le système d’adresse moderne n'existait pas encore.
En 1966, ces bâtiments passaient encore inaperçus aux yeux des riverains et des promeneurs. La transformation s’est opérée en 1968, après une période de rénovation, révélant la surprenante charpente à pans de bois, longtemps cachée sous le plâtre et la chaux. C’est aussi à ce moment-là que l'architecte a redessiné les pignons, mais renoncé aux encorbellements originaux qui s'avançaient sur la rue.
Les données de Meilleursagents révèlent une fourchette de prix de 10 722 € à 17 591 € le mètre carré rue François Miron. Mais les prestigieux numéros 11 et 13 font exception et atteignent presque les 22 000 € / m2. Cette envolée des prix s'explique par l'attractivité croissante du quartier : + 32,5 % en dix ans !
La grande maison "médiévale" du 3 rue Volta
Pendant de nombreuses décennies, la maison située au 3 rue Volta était considérée comme la plus ancienne de Paris, et son allure d’habitation médiévale avec les colombages qui la caractérisent n’y était certainement pas pour rien ! Sous le Second Empire, l’historien Lucien Lambeau et un cercle d’intellectuels, dont Victor Hugo, se sont battus pour éviter sa destruction et préserver le patrimoine architectural parisien face aux travaux d’envergure menés par le baron Haussmann. Et ils y sont parvenus ! À cette époque-là, même les architectes restaient persuadés que la grande bâtisse demeurait la plus ancienne de la Capitale.
Mais en 1979, la vérité éclate : des recherches minutieuses menées par des historiens et archéologues ont révélé l'existence d'un acte notarié daté de 1654. Ce document a contribué à attester que la maison fut construite dix ans plus tôt, en 1644, sur un terrain vierge. Son bâtisseur, Benjamin Dally, menuisier de métier, avait manifestement choisi de reproduire le style architectural médiéval en dépit de l'édit de décembre 1607. Une preuve que la Renaissance ne s’inspirait pas uniquement des modèles antiques !
Ironie de l'histoire : à force d'être étudiée et préservée, la "fausse maison médiévale" s'impose aujourd'hui comme l'une des plus légendaires demeures parisiennes, riche de ses presque quatre siècles d’existence !
Côté valorisation immobilière, Meilleurs Agents estime que le mètre carré du 3 rue Volta pourrait atteindre 12 578 €. Un tarif expliqué par la localisation privilégiée dans le Marais, ce quartier historique qui concentre de précieux témoins du patrimoine parisien, à l'image de la maison de Nicolas Flamel ou des habitations à pans de bois de la rue François Miron.
En flânant dans les ruelles pavées du centre de Paris, là où les plus vieux immeubles de la ville trônent encore, difficile de ne pas ressentir l’histoire qui habite les pierres. Ces immeubles anciens sont les témoins d’un Paris qui a traversé les bouleversements et les mutations urbaines. S’ils font rêver par leur charme unique, leur prix souvent prohibitif pour le commun des mortels, rappelle que vivre dans un morceau du patrimoine parisien protégé a un coût. Mais si certains le peuvent, investir dans ces précieux murs équivaut à acheter une part de mémoire parisienne.
Mis à jour le 11 septembre 2025