À quoi ressemble le Village Olympique - et à quoi va-t-il servir après les JO de Paris 2024 ?

Livré au Comité d’Organisation de Paris 2024 le 28 février 2024 et inauguré au printemps, le Village olympique, situé sur les communes de Saint-Denis, Saint-Ouen et L’Île-Saint-Denis, est le fruit de six années de construction. Il fait partie des 70 ouvrages nécessaires au bon fonctionnement des JO pour un budget estimé à 4,4 milliards d'euros.
A quoi ressemble-t-il et quel sera son usage après les JO ? Enquête.
C’est en septembre 2017 que Paris a été désignée ville d’accueil des JO de 2024, face à ses concurrentes, dont Los Angeles. Le début d’une course contre la montre pour construire ou rénover une pléiade d’équipements (un centre aquatique olympique, sept piscines, l’Arena Porte de la Chapelle et le Village olympique). Et 100 ans après les derniers JO de Paris, le Village olympique a bien changé. Et c’est une ville qui vient de sortir de terre…
L’évolution du Village olympique : c’était mieux avant ?
En un siècle, il a bien évolué ! Celui de Paris 2024 ne ressemble en rien au précédent lieu d’hébergement des JO de Paris en 1924. À l’époque, une soixantaine de maisonnettes en bois avaient été rapidement montées à Colombe. Aux détours des rues, les athlètes pouvaient y trouver un salon de coiffure, un bureau de change, un kiosque à journaux, un bureau de poste ou encore un service de blanchissage. Ce premier lieu d'hébergement des athlètes fut décrié dans les journaux, notamment en raison des conditions de logement et de nourriture jugés déplorables. Les cabanons de bois ont été détruits après l’évènement sportif et aujourd’hui, rien ne laisse supposer qu'ils ont pu exister…
Par la suite, les Villages olympiques ont été conservés. C’est le cas lors des JO de Berlin en 1936 - prétextes à propagande pour les nazis au pouvoir. Le Village olympique, bâti en dur, fut ensuite utilisé pour des besoins militaires. D’autres sont depuis devenus des lieux de résidence, contrairement à celui de Lake Placid (1980) transformé en prison.
Cent ans tout pile après le premier Village olympique, celui de Paris 2024 voit le jour. Un symbole fort pour la capitale et le Comité International Olympique. Est-il, comme la grande majorité des autres lieux d’hébergement des athlètes, destiné à être un nouveau quartier ?
Qui se cache derrière le projet du Village olympique de Paris 2024 ?
Chantier de grande ampleur, le Village olympique est un projet un peu trop alambiqué si on n’en connaît pas les rouages. Le plan de masse, à savoir, la représentation aérienne et graphique du village, a été dessiné par l’architecte et urbaniste Dominique Perrault dès 2018. Son ambition était alors de créer un lieu de vie qui s’articule comme un "quartier métropolitain, ouvert et innovant".
L’objectif ? Faire émerger le Village olympique de Paris 2024 dans un espace déjà bien empreint de la nouvelle physionomie du Grand Paris, avec des structures existantes reliées aux réseaux de transports et implantées sur un territoire déjà habité. En prime, le lieu est traversé par la Seine et situé sur les trois communes de Saint-Ouen, de L’Île Saint-Denis et de Saint-Denis.
Pour faire sortir de terre le Village, la Société de Livraison des Ouvrages Olympiques (SOLIDEO) a été créée en 2017. Un établissement public à la fois "financeur, aménageur, et superviseur" du projet, dont le rôle est de regrouper les financements publics - État, ville de Paris, région Île-de-France, départements limitrophes, etc. - destinés à la construction des édifices olympiques. C’est à elle qu’a été confiée la tâche d’assurer la construction ou la rénovation des équipements pérennes utilisés pour les Jeux Olympiques, le principal étant le Village des sportifs.
Derrière le développement du Village olympique, c’est le savoir-faire français qui se doit d’être valorisé avec l’intervention d’entreprises et de professionnels hexagonaux.
À quoi ressemble le Village olympique ?
Pour pouvoir accueillir les 14 250 athlètes et accompagnants pendant les Jeux olympiques et les 9 000 para-athlètes et accompagnants pendant les Jeux paralympiques, le chantier du village n’a pas été pensé à moitié.
Le Village olympique n’a pas été imaginé comme un seul ensemble, mais comme des secteurs dont chacun est chapeauté par une entreprise maître d’ouvrage à l’instar de Vinci, Pichet-Legendre ou encore l’association de Nexity mandataire, Eiffage Immobilier et CDC Habitat.
Les bords de Seine à proximité du "QG" des athlètes ont été réaménagés pour mettre les espaces verts en avant et pour proposer aux sportifs et aux futurs occupants des espaces où il fait bon vivre. Ainsi, ce sont six hectares de verdure et la plantation de 9 000 arbres et arbustes qui donneront un accès à la nature, sans compter les espèces déjà implantées et préservées.
Mais, on y pense… où vont dormir les sportifs olympiques ? Dans des appartements où ils pourront résider à huit maximum ou dans des chambres de deux maximum entre huit et douze mètres carrés. Ces dernières sont dotées de tables de nuit et de penderies sommaires, de lits en carton (d’une solidité stupéfiante) recouverts d’une couette griffée du logo des JO 2024 que chacun pourra conserver en souvenir.
Chaque secteur est unique, doit répondre à un calendrier, sera occupé par un nombre bien défini d’athlètes, est destiné à une "utilisation héritage" (une autre fonction) et doit respecter des caractéristiques environnementales. Car s’il existe un axe autour duquel s’articule ce projet d’envergure, c’est bien l’écologie, le respect de l’environnement, la limitation du bilan carbone, l’emploi d’une économie circulaire - l’ancienne friche occupant le lieu a permis de concasser 35 000 tonnes de béton ensuite réutilisé dans la création de voiries - ou la présence d’une biodiversité.
Tout est plutôt finement pensé : maximiser le recours à une énergie propre et renouvelable, créer des bâtiments proposant une grande inertie et une ventilation naturelle, récupérer les eaux pluviales, créer un réseau de géothermie, expérimenter de nouveaux matériaux.
Et après ?
Il n’était même pas dessiné que le projet du Village olympique se voulait déjà pérenne avec la possibilité de changer de visage. Comme le souligne l’architecte Dominique Perrault sur son site Internet, la démarche amorcée - et désormais achevée - est "une réflexion de long terme ayant pour objectif la constitution d’un nouveau quartier durable, un morceau de ville offert à tous, ancré sur son territoire et sa géographie".
Depuis septembre 2023, ce sont les élèves d’une des deux écoles maternelles et primaires prévues à proximité du Village olympique qui ont foulé le sol de salles de classe flambant neuves. Ce début d’occupation des lieux a pour but de préparer l’accueil des futurs habitants du quartier. Le lycée Marcel Cachin, déjà existant à Saint-Ouen, a été entièrement rénové et, non loin de là, vient d’être créé un campus dans lequel se côtoieront des élèves en écoles de kinésithérapie et d’ingénieurs, mais aussi en filières sportives.
Côté "sécurité", un espace est prévu pour accueillir un centre de formation pour jeunes sapeurs-pompiers et un établissement flottant pour la brigade fluviale.
Au total, ce sont 6 000 nouveaux résidents et 6 000 salariés qui permettront au Village olympique de partir sur une nouvelle dynamique. Mais l’accueil de ces nouvelles populations ne sera pas immédiat. Il faudra patienter quelques mois supplémentaires (jusqu’en 2025 au moins) pour espérer voir (re)vivre le secteur. Étant donné qu’aucune cuisine n’a été installée dans les chambres des athlètes, des travaux seront nécessaires après les Jeux olympiques et les Jeux paralympiques pour rendre fonctionnels les logements familiaux et étudiants, mais aussi les bureaux. Pour finir, commerces et services viendront occuper les rez-de-chaussée des immeubles, apportant une plus grande qualité de vie aux habitants.
Si le Village olympique est voué à être éphémère, ses constructions, elles, resteront debout. Ces structures neuves perdureront, entre le souvenir d’un événement international qui fait rêver tant de monde et une vie plus classique où des anonymes se croiseront dans ce quartier d’abord foulé par des stars olympiques et paralympiques.
Mis à jour le 2 octobre 2025