Visite immobilière

Comment bien visiter un bien immobilier pour éviter un impair ?

Catherine Brezeky
Catherine BrezekyMis à jour le 30 avril 2025

Un achat immobilier est une étape importante dans une vie, impossible de dire le contraire ! Alors autant visiter un bien sereinement, n’est-ce pas ? Maître Stéphanie Dujardin, avocate en droit immobilier, nous livre quelques clés pour éviter les mauvaises surprises après l’achat !

Rappelez-vous, dans notre article "Et si déplacer les meubles lors d’une visite vous aidait à avoir le coup de cœur ?", les avis étaient partagés, entre les acheteurs en peu timides et ceux qui estiment possible de "tout demander si c’est justifié". À écouter Maître Stéphanie Dujardin nous raconter le cas particulier d’une famille qui a acquis une maison et s’est trouvée face à un vice, il se pourrait bien que la prochaine maison que vous visiterez ne sera pas scrutée de la même façon…

Cas réel : quand acheter tourne à la désillusion

Au moment de son installation dans la maison, les clients de Maître Dujardin se rendent compte qu’un des murs donnant sur le garage a été enduit. Ce calfeutrage, conscient ou non, cache une immense fissure devant laquelle sont également placés divers gros objets.

Problème : la fissure n’est rebouchée que d'un côté du mur. De l’autre, elle est tellement importante que le jour est visible à plusieurs endroits où l’enduit s’est écaillé. La famille se questionne fortement sur l’énorme défaut et entame des démarches judiciaires.

Côté vendeur, ce dernier était au courant du vice, mais n’a pas pensé à l’évoquer, se disant peu inquiet par la fissure. Néanmoins, la question de la solidité de la maison se pose

Désigné par le tribunal, un expert judiciaire, ingénieur en bâtiment, apporte l’éclairage essentiel à la problématique.

Verdict : il s'agit d'un vice de construction existant bien avant que le vendeur n’achète lui-même le bien. Le terrain étant mouvant et les fondations non reliées aux murs en raison d’un défaut de chaînage, l’apparition de fissure(s) était quasi-inévitable.

Mais alors, qui est responsable ?

S’il n’a pas construit la maison, le vendeur (et sa responsabilité !) peut être mis en cause et ne peut évidemment pas disparaître de l’affaire du jour au lendemain. Au moment de l’expertise, Maître Dujardin explique qu’”il doit pouvoir donner son point de vue."

Résultat : Maître Stéphanie Dujardin démontre que le vendeur n’est pas considéré responsable du vice, même si ce dernier est estimé "caché". Dans ce dossier, il existe une clause d’exclusion de garantie de vices cachés en promesse de vente. Pas de panique, on vous explique ! La présence de ce document lors d’une vente signifie que l’acquéreur ne peut pas se retourner contre le vendeur, ce dernier n'étant pas un professionnel de l’immobilier. Les frais d’expertise, à hauteur de 12 000 €, ont donc été à la charge de l’acheteur. S’ajoutent à cela le prix des travaux évalués à 55 000 € et le temps passé en procédure judiciaire.

Alors, si vous vous demandez encore s’il est réglo de déplacer des meubles en allant visiter un bien, dites-vous qu'il vaut mieux donner l'impression d'être tatillon(ne) plutôt que de subir les conséquences d’un vice passé inaperçu lors d’une visite !

Alors quels pièges éviter avant d’acheter ?

En qualité d’experte sur le sujet, Stéphanie Dujardin nous livre quelques tips pour éviter d'acheter uniquement sur un coup de cœur, sans prendre le temps d’observer davantage le bien.

Si vous faisiez construire une maison, il est fort probable que vous viendriez sur place voir la progression des travaux, pour vous assurer du respect du cahier des charges ! Pour une visite, c’est la même chose : prenez le temps de considérer la bonne construction du bien, son état, sa solidité, etc.

Maître Stéphanie Dujardin estime que "les visites sont trop rapides" et qu’elles sont "réalisées avec le cœur". Dans le cas de ses clients, ce problème de fissure aurait pu être évité si la visite avait été effectuée "de façon plus éclairée".

Lors d’une visite, vous allez surtout évaluer la taille du salon, regarder si les poutres apparentes sont bien en bois ou si les murs en pierre ne sont pas uniquement du parement. Et vous allez aussi projeter ce bien dans votre enveloppe budgétaire et les possibilités de négociation. Et les murs ? Les plafonds ? Les meubles imposants à pousser ? Les encombrements à dégager ?

Inspecter l’état général d’un bien est légitime ! Si le vendeur s’offusque voire refuse, c’est peut-être suspect. Vérifier les plafonds et les murs pour s’assurer de l’absence de fissures, d’humidité ou de traces de moisissures n’a rien d’extraordinaire, bien au contraire ! Mais ce n’est pas tout, il reste également opportun de vous assurer que les sols ne sont pas déformés, s’affaissent ou sont étrangement tachés. Pensez à questionner l’agent immobilier ou le propriétaire sur l’isolation thermique (double vitrage, portes…) et phonique et sur le bon état des menuiseries.

Quant aux équipements électriques et sanitaires, eux aussi sont à contrôler, surtout si aucune information ne paraît dans l’annonce !

Et puis, avant de vous engager, n’oubliez pas de demander à consulter les documents administratifs relatifs au bien comme le diagnostic de performance énergétique, le titre de propriété, l’attestation loi Carrez entre autres.

Autre astuce préconisée par Maître Dujardin : n’hésitez pas à visiter accompagné(e) d’un tiers ayant une connaissance étendue de la construction immobilière. Cela permettra de "visiter le bien comme vous le souhaitez et faire que l’autre personne puisse regarder, scruter". Vous pouvez aussi faire intervenir un professionnel du bâtiment (couvreur, plombier, maçon…) avant la signature de l’offre, le regard d’un expert est précieux pour envisager la suite !

Eh non, visiter un bien immobilier ne se résume pas à une simple promenade de santé ! Il s’agit d’une analyse approfondie qui se veut essentielle pour vous éviter de futurs désagréments. Votre leitmotiv lors d’une visite doit être "Je prends mon temps et je suis méthodique". Et si vous doutez encore, n’hésitez pas à faire appel à un professionnel !


Mis à jour le 30 avril 2025

Catherine Brezeky
Catherine BrezekyLead Content chez Pretto
Diplômée en histoire et d'un master professionnel de journalisme à l'École Supérieur de Journalisme Paris (ESJ), Catherine se spécialise très tôt dans les médias web et le SEO. Elle débute sa carrière au sein de rédactions digitales, notamment chez CCM Benchmark, où elle traite de sujets de société, consommation, bien-être, santé et tendances. Au sein du groupe Webedia, elle pilote une rédaction avec d'importants enjeux d'audience, développe des formats éditoriaux et vidéo pour les réseaux sociaux, et mène des projets brand content en partenariat avec des marques du secteur du luxe. En 2023, elle rejoint Pretto avec un nouveau défi : comprendre et vulgariser les rouages du crédit immobilier, en conciliant exigence journalistique, stratégie de marque et performance digitale.