Visite immobilière

Comment trouve-t-on un bien lorsqu’on est porteur(se) d’un handicap ?

Catherine Brezeky
Catherine BrezekyMis à jour le 29 août 2024
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Visiter un bien immobilier, c’est parfois stressant, mais pour les personnes en situation de handicap, cela peut se muer en un vrai casse-tête. Bien que l’accès au logement soit un droit universel, les personnes à mobilité réduite se heurtent encore à de nombreux obstacles comme un parcours du combattant. Heureusement des solutions existent.

Le handicap, encore trop tabou dans notre société

En 2023, le handicap était, selon les données mises en avant par le Gouvernement, le premier motif de discrimination avec 21 % des réclamations et ce, pour la sixième année consécutive. Le Défenseur des droits a reçu 137 894 réclamations, informations et orientations, soit une hausse de 10 % par rapport à 2022.

Si l’on parle davantage de handicap aujourd’hui, ce n’est pas pour autant un terme avec lequel nous sommes très à l’aise ou que nous aimons particulièrement évoquer, hormis lorsqu’il est associé au sport et à la performance comme avec les Jeux Paralympiques.

Le fait est que le handicap, lorsqu’il est visible, attire les regards et provoque des réactions différentes. Comme l’explique Antoine Durand, auteur du blog "Dépasser son handicap", ingénieur en génie civil et atteint d’une myopathie de Duchenne. "De la curiosité à l’indifférence, de l’attirance au rejet, de l’admiration au mépris et à la pitié, de l’empathie à la condescendance. Des réactions qui dépendent de chaque individu."

Et au regard de l’immobilier, comment ça se passe ? Est-ce qu’une personne porteuse d’un handicap visible ou invisible a plus de difficultés à trouver un bien qui lui convient ?

Que dit la loi et qu’en pensent les associations ?

Promulguée en 2005 et applicable depuis 2007, la loi handicap impose que tout logement d’habitation rénové ou nouvellement construit doit être réalisé selon les normes handicapé, à savoir une accessibilité facilitée au logement et aux locaux collectifs, mais aussi une adaptabilité des pièces, balcons et portes.

En 2018, la loi sur l’Évolution du Logement de l'Aménagement et du Numérique (loi Elan), réformait la loi immobilière en abordant le volet de l’habitat inclusif pour les personnes en situation de handicap.

Pour autant, les associations engagées auprès de personnes à mobilité réduite ont pointé du doigt le logement inclusif défini par la loi Elan, car selon elles, cette dernière a posé des critères de définition de l’habitat inclusif et en a forcément limité le périmètre.

Huit associations dont l’Unapei (Union nationale des associations de parents d'enfants inadaptés), l’APF France Handicap et l’APAJH (Association pour Adultes et Jeunes Handicapés), le GIHP (Groupement pour l'insertion des handicapés physiques) se sont réunies pour définir les contours d’un logement adapté aux personnes en situation de handicap. Pour elles, le choix d’un lieu de vie doit s’articuler autour de possibilités qui sont :

  • se sentir "chez soi"en disposant d’un espace privé ;
  • pouvoir choisir ses activités et son rythme de vie ;
  • être immergé le plus possible dans la vie sociale et participer à la vie de la Cité ;
  • s’approprier son environnement ;
  • bénéficier d’un accompagnement adapté.

Problème : la loi Elan de 2018 impose que 20 % des logements neufs seulement doivent être accessibles aux personnes en situation de handicap. En 2005, 100 % devaient l’être, un rétropédalage ? Ça en a tout l’air…

Se loger quand on est porteur d’un handicap, un casse-tête

Soyons honnête, se loger quand on est en situation de handicap est un sujet franchement peu mis en avant dans les médias. Et c’est bien dommage car il mériterait d’être plus mis en lumière !

Il est donc clair qu’une personne en situation de handicap rencontre généralement plus de difficultés pour se loger qu’une personne valide ! Le média Basta ! a fait paraître un article en mars 2022 mettant en avant les témoignages de personnes à mobilité réduite. Deux jeunes femmes, l’une autiste, l’autre bipolaire, se sont heurtées à des agences ne souhaitant pas prendre en compte l’AAH (Allocation Adultes Handicapés) comme un revenu ou mettant en avant que seules des personnes bénéficiaires d’un contrat de travail pouvaient prétendre à un logement.

Et pourtant, en 2020, la "Charte de lutte contre les discriminations dans l’accès au logement" a été signée par les représentants du secteur de l’immobilier (Fédération Nationale de l’Immobilier (FNAIM), Union des Syndicats de l’Immobilier (UNIS), Syndicat National des Professionnels Immobiliers (SNPI) entre autres). Le but était de s’engager "à développer des outils de sensibilisation et de formation afin de déconstruire les préjugés".

Deux ans plus tard, SOS Racisme rend compte que sur 136 agences interrogées sur le territoire national, 49 % ont accepté de pratiquer une sélection discriminatoire sur demande des propriétaires. Pratique illégale oui, mais pourtant toujours d’actualité.

Basta ! le dit, en plus d’être rare, un logement accessible en fauteuil roulant est aussi souvent plus cher donc pas toujours accessible. Dans les immeubles à bas prix, le problème est différent quoiqu’en termes d’accessibilité, ce n’est pas mieux : il n’y a pas d’ascenseur, pas d’accès adapté à l’entrée et pas d’aménagement dans les pièces de vie.

Les personnes en situation de handicap sont donc parfois contraintes de "gonfler" leur budget pour obtenir un logement. Et parfois, plusieurs années de recherche sont nécessaires avant d’accéder au Graal. D’autres fois, il faut ruser, et parce que la lassitude se faire ressentir, la volonté de se battre est laissée de côté, comme cette jeune femme autiste qui a prétexté visiter le bien pour une amie. Finalement, elle vit en colocation avec cette dernière mais ne figure pas sur le bail, totalement inexistante pour les propriétaires.

Le témoignage d’Élodie, en fauteuil roulant depuis son plus jeune âge

Élodie a 44 ans. Elle a eu le temps de faire face au regard des autres, aux réflexions et aux situations complexes. Et dans l’immobilier, elle a des choses à raconter…

Si elle n’a jamais eu beaucoup de difficultés à acheter ou à louer un bien immobilier, c’est qu’elle a toujours su s’adapter aux agencements "classiques" dédiés aux personnes valides.

Sa seule condition : que l’appartement soit accessible par ascenseur ou situé en rez-de-chaussée. Son quotidien étant jalonné de batailles en tout genre, ses projets immobiliers l’ont été tout autant et le sont encore.

Premier exemple, Élodie a d’abord été locataire d’un appartement, qui n’a "pas été trop compliqué à trouver". Le bien était situé au rez-de-chaussée d’une résidence avec ascenseur, mais les deux places handicapées de la résidence étaient dédiées à d’autres appartements, au deuxième étage. Complètement aberrant ! Impossible de changer cette configuration, "L’agence m’a alors dit que mon appartement allait avec la place que j’avais (et qui n’était pas une place handicapée), que c’était comme ça et que personne ne pouvait le changer. J’ai fait avec." Finalement, voyant qu’elle peinait, l’un des locataires valide et détenteur d’une place handicapée lui a proposé d’échanger avec elle.

Élodie a beaucoup d’exemples à donner, notamment en ce qui concerne les aménagements pour personnes à mobilité réduite (PMR). "Parfois un logement est dit ‘PMR’ parce que les interrupteurs sont bas alors que les toilettes ne sont pas pourvus de barre ou qu’elle est installée trop haut. Ou la barre est manquante, mais l’espace est tellement large autour des toilettes qu’on peut faire le tour avec le fauteuil. Il m’est arrivé d’occuper un logement PMR dont les meubles de cuisine étaient trop hauts et les couverts inaccessibles." Elle sourit, "Ça va pour moi parce que je suis autonome et sportive, mais pour d’autres, c’est vraiment galère !" Lorsqu’elle évoque le souci, on lui dit que "ce sont pourtant les normes". "Les gens n’en ont rien à faire, ça ne va pas changer leur vie à eux !"

Alors qu’elle était propriétaire d’un bien, Élodie a été contrainte de le quitter car "en un mois, l’ascenseur est tombé en panne 20 fois ! J’ai dû descendre et monter quatre étages avec mon fauteuil et très souvent seule et j’ai été obligée de prendre des congés pendant une semaine car j’en avais marre de cette situation."

En janvier 2024, l’appartement qu’Élodie occupait en location a été mis en vente. "Un déménagement est toujours compliqué pour moi. J’ai besoin d’aide pour faire mes cartons, je ne peux pas les porter, je dois faire appel à un déménageur." Au bout de quelques semaines, elle se rend compte qu’aucune visite n’a été organisée, elle demande donc un délai supplémentaire en expliquant sa situation. "Il m’a été refusé sans autre explication. Le propriétaire voulait même que je parte plus tôt. J’ai fait jouer la durée légale du bail et j’ai contacté l’ADIL." L’Agence Départementale pour l’Information sur le Logement lui explique qu’elle n’est pas protégée par son statut de personne en situation de handicap. "Vrai ou pas, je n’ai pas cherché, j’ai laissé tomber."

Élodie est fatiguée de cette situation. Elle est retournée vivre chez ses parents pour une durée indéterminée. "44 ans et obligée de retourner vivre chez mes parents, franchement j’aspire à autre chose ! Heureusement, ils ont toujours été là pour moi. Il faut des parents comme les miens pour ne pas rester dans une sphère où pullule le handicap." Elle aimerait acheter un bien immobilier de façon définitive. Comment va-t-elle s’y prendre ? Comme madame tout le monde ! Elle sait pertinemment que pour vivre dans un logement qui lui convient, elle devra elle-même l’adapter, qu’il soit aménagé PMR ou non.

Alors comment visiter un bien lorsque l’on est en situation de handicap ? Ce qui est certain, c’est qu’en aucun cas ce n’est simple. Entre discrimination, manque de logements adaptés, non respect des lois, les personnes en situation de handicap se battent constamment pour faire valoir leurs droits ou pour que les agences et les propriétaires de biens leur accorde un minimum d’empathie, de reconnaissance ou de compréhension.

Élodie l’explique "Je me bats parce que je n’ai pas le choix, c’est comme ça depuis toujours, c’est une habitude, c’est comme ça." Une habitude qui devrait être adoucie. On commence quand ?


Mis à jour le 29 août 2024

Catherine Brezeky
Catherine BrezekyLead Content chez Pretto
Diplômée en histoire et d'un master professionnel de journalisme à l'École Supérieur de Journalisme Paris (ESJ), Catherine se spécialise très tôt dans les médias web et le SEO. Elle débute sa carrière au sein de rédactions digitales, notamment chez CCM Benchmark, où elle traite de sujets de société, consommation, bien-être, santé et tendances. Au sein du groupe Webedia, elle pilote une rédaction avec d'importants enjeux d'audience, développe des formats éditoriaux et vidéo pour les réseaux sociaux, et mène des projets brand content en partenariat avec des marques du secteur du luxe. En 2023, elle rejoint Pretto avec un nouveau défi : comprendre et vulgariser les rouages du crédit immobilier, en conciliant exigence journalistique, stratégie de marque et performance digitale.
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